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Quel âge avais-je donc, lorsque j’ai rêvé de toi pour la première fois ? Je n’étais pas même pas en âge d’avoir un bébé, mais je disais pourtant à mes camarades de classe et d’orphelinat, que je me marierais tôt et que j’aurais un enfant.

Je regardais le ciel se jeter dans la terre, au loin, depuis le balcon de cette maison qui dominait la nature, cette nature majestueuse où j’ai grandi et qu’en ce temps j’aurais aimé fuir. Aujourd’hui, cela me manque parfois, alors que je me noie dans les rues de la ville, m’engouffrant dans la bouche béante des stations du métro parisien, et que, pas à pas, je m’en vais vers demain, vers la vieillesse qui ne m’effraie cependant pas, vers la fin du voyage.

Je rêvais de toi sans encore te connaître, comme je rêvais de Paris alors que mon monde s’arrêtait aux portes de la campagne verdoyante dont les images s’étalent toujours sur l’écran de ma mémoire, projetées, là, comme un film. Les souvenirs. Que de souvenirs, tous ces souvenirs précieux de l’enfance, si précieux que je voudrais les conserver jusqu’à toujours, les peindre, les chanter, les écrire. Je le ferai plus tard.

Paroles et musique Bruno Rodriguez-Haney

A cette époque, je ne recherchais même pas ce père dont j’ignorais presque tout. Il vivait ailleurs, sous un autre ciel et je m’en moquais bien. De lui, je n’avais gardé que quelques mots : one, two, three, for, five, six (I forgot the rest…) sept, huit, neuf, dix… J’étais simplement fier de dire que mon père était américain. Un jour, moi, je serai papa ; je serai un bon papa !

Et puis, un jour, bien des années plus tard, ta maman a acheté un test de grossesse. Elle et moi avons regardé ce test changer de couleur. Elle était enceinte. Je n’avais pas encore 23 ans, je les aurai dans quelques jours. Ta  mère autant que la vie m’offraient le plus beau, le plus merveilleux des cadeaux d’anniversaire, un présent tel que jamais je n’en aurais d’autre.

Tu étais là, dans son ventre et déjà j’apprenais à t’aimer. Ta mère et moi savions que tu étais un garçon ; nous l’avons su dès le début. Nous avions acheté un livre pour suivre la grossesse, de façon à mieux nous représenter les stades de ton développement. Une semaine, quinze jours, un mois, trois mois… Les échographies te montraient, tu suçais ton pouce et déjà tu bougeais, tu donnais des coups de pieds. J’attendais avec impatience ta venue. J’attendais que ton regard se pose enfin sur moi, que mes yeux te contemplent comme la septième merveille du monde.

Le neuf juin de cette année-là, c’était un samedi, ta mère a commencé à sentir son ventre se durcir, puis les contractions se sont rapprochées de plus en plus, alors j’ai accompagné ta maman jusqu’à la clinique où tu allais voir le jour pour la première fois.

Tu tardes pourtant à arriver alors je rentre à la maison. Je reviendrai demain matin.

J’arrive tôt. Je sais que tu vas naître aujourd’hui.

Il fait un temps splendide, c’est pour moi un hymne à ta naissance.

Paroles et musique Bruno Rodriguez-Haney

Les Murs Gris de Fontenay-Aux-Roses (paroles et musique Bruno Rodriguez-Haney)

Lorsque j’arrive à la clinique, on prépare ta mère pour la salle d’accouchement. Je l’accompagne et je resterai avec elle jusqu’au bout. Je suis sur un nuage, les anges me donnent la main, je vais être papa, ton papa, celui que je resterai pour toujours, pour l’éternité et qu’importe les mésaventures de la vie. Tu vas devenir mon fils jusqu’à la fin des temps. Mon sang, celui de mes ancêtres, celui de ta mère et de ses aïeux va inonder ton corps, s’insinuer dans tes veines et se mêler à cet amour dont tu es le fruit. Mon enfant, mon tout petit, tu fais de moi cet homme que je n’étais pas encore et je vais grandir avec toi. Ensemble nous marcherons sur cette route qui conduit d’aujourd’hui à plus loin, de maintenant à plus tard.

 

 

http://i245.photobucket.com/albums/gg53/brhaney/CAQVU3Y1.jpg

Les murs gris de fontenay-aux-roses (roman)

Les murs gris de fontenay-aux-roses (roman)

Ta maman est allongée sur la table de travail, les pieds posés dans des étriers… Poussez madame lui dit le médecin! Elle pousse, elle pousse, souffre, me tient la main et soudain, dans la pénombre de la salle impersonnelle dans laquelle nous nous trouvons, tu pousses un cri. Ton premier cri, et des larmes de joie coulent sur mes joues alors qu’on me demande de sortir parce que quelque chose ne va pas. Il faut qu’on s’occupe de ta mère, on doit l’endormir.

Je suis inquiet et tellement heureux à la fois. Une femme, une sage-femme, me semble-t-il, me dit de la suivre dans une petite pièce très éclairée. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, que le médecin est obligé de recoudre ta mère mais que ce n’est pas grave.

Je peux t’admirer, là, sur la table de soins, posé sur le tapis molletonné. L’infirmière te fait une piqure au niveau de la cuisse et enfonce légèrement une aiguille dans ton talon. Une goutte de sang perle. C’est ton sang, mon sang. J’ai compté tes doigts, tes orteils. J’ai regardé tes oreilles, vérifié que tout était bien là, à la bonne place. La sage-femme me dit que tu es parfait ; mais je le sais déjà. De toutes les façons, tu seras toujours parfais à mes yeux. Je pourrais passer des heures et des heures à te regarder, à te contempler, toi mon œuvre, l’œuvre de ma vie. Je suis un Papa, avec un grand P. Tu es mon enfant, mon bébé et tu le resteras.

Dieu, ce dieu en lequel je ne crois pas, vient pourtant de faire de moi le plus heureux des hommes. Tu n’es plus un projet, tu es là, sous mes yeux ébahis que les larmes de joie noient. Il me semble que c’est la première fois de toute ma courte vie que je pleure de joie, que je suis vraiment heureux. Dans trois mois, j’aurais 24 ans, vingt-quatre années à te chercher. Maintenant que nous nous sommes trouvés, je ne te lâcherai plus la main. Nous sommes unis, réunis pour toujours.

Je te regarde grandir et mon amour pour toi grandi en même temps. Parfois, tu poses ta tête contre moi. Tu es tout petit et tu aimes être allongé sur mon dos, lorsque je suis couché à plat ventre. Tu t’endors comme ça et je ne bouge pas, pour ne pas te réveiller.

Je sais qu’un jour tu partiras. On ne fait pas un enfant pour soi, on lui donne ce dont il a besoin, on s’efforce même de lui apporter le superflu. On se bat pour ses enfants, on tuerait pour eux, pour les défendre, s’il le fallait. On saigne, on donnerait sa vie, ses yeux, lorsque l’on est un parent, mais surtout, si l’on s’y prend bien, on apprend à aimer vraiment.

Toutes ces larmes, toute cette souffrance des années présentes et passées ne me retireront pas l’amour que j’ai pour toi, mon fils. Personne, aucun mot, aucun supplice ne pourra m’empêcher de me souvenir qu’un jour j’ai entendu ton premier cri, que j’ai été le premier à te prendre dans mes bras, que pour toi j’ai pleuré en silence.

Les mots : Musique karine Verfaillie. Paroles Bruno Rodriguez-Haney

On nait d’une mère et d’un père. Les mésaventures de la vie ne doivent en aucun cas pourrir l’existence de cet être issu d’un amour qui fut. Cet enfant a besoin de ses deux parents, de sa maman autant que de son papa. Faire du mal à l’autre, autant qu’en dire, n’est pas la preuve que l’on aime son enfant tout comme se servir de sa progéniture comme bouclier contre les coups de la vie.

Nul ne peut prétendre être un parent parfait, parce que la perfection n’est pas de ce monde. Les bonnes choses, autant que les mauvaises, doivent nous apprendre à construire notre vie, à aider d’autres à construire la leur, à avancer.

Nous choisissons notre chemin, celui que l’on va parcourir et qui nous conduira vers nos vieux jours. Parfois, la vie, d’autres personnes, choisissent pour nous et nous imposent une volonté contre laquelle nous ne pouvons rien. Parfois, en tant que parent, nous préférons nous taire et subir, plutôt que de faire subir à cet enfant que nous aimons plus que nous-même. Ce parent n’est pas lâche pour autant ; il a juste compris que l’intérêt de son enfant primait, coûte que coûte. Parfois, cet enfant nous tient la main et refuse de nous la lâcher, d’autres fois, plus tard, bien plus tard, une fois devenu adulte, notre tout petit, notre bébé, le fruit de nos entrailles, refuse de tenir plus longuement cette main qu’il ne reconnait plus, parce que ceci, ou parce que cela. Est-ce qu’il le sait lui-même ?

Alors un cœur est brisé, submergé de larmes et de douleur. Ce n’est pas simplement un cœur qui se brise mais une âme, une vie, même.

Les mots ont leur importance autant que les silences.

Je regarde ma vie ainsi que le long chemin parcouru, avec et sans toi. Le jour n’a plus d’importance tout comme la nuit. Je fais les choses puisqu’elles doivent être faites. Je regarde parfois ton image, cette photo ancienne où tu n’as sans doute pas vingt ans. Je regarde l’album de tes premiers jours. Ton premier sourire, ton premier pas le jour de tes un an. Quelques photos conservées comme de saintes reliques. Je regarde aussi ces poèmes écrits de ta main. Ces dessins coloriés au temps de la maternelle, avec des cœurs, des maisons bancales, des bonshommes improbables. Ils me sont si précieux, tous ces petits riens. Ils me sont précieux, parce qu’ils sont le seul lien matériel qu’il me reste avec toi. Je pourrais jeter ma télévision, mon ordinateur, ma chaine HiFi, mais ces petits trucs, jamais.

Où es-tu mon enfant ? Où es-tu mon fils ?

Je donnerais des années de ma vie pour une photo de toi, parce que j’ai oublié ton visage. L’image de toi qu’il me reste, est celle de la dernière fois où nos regards se sont croisés. J’ai honte de me dire que peut-être un jour je t’ai croisé sans te reconnaître.

Toutes ces années sans toi, sans nouvelle, sans un signe. Et si tu étais mort, l’aurais-je su ?

J'entends déja les commentaires de ceux qui ne savent pas et qui pourtant jugeront. J'entends les commentaires de ceux qui savent mais jugent également, considérant ces écrits comme des marques d'impudeur. Mais je me dis aussi que peut-être, quelque part, un enfant comprendra et que, peut-être il se décidera à appeler son père pour lui dire qu'il l'aime. Sans doute ne le feras-tu pas, mon fils, mais un autre jeune homme, qui peut-être, a laissé son papa sur le bas côté de la route alors que l'homme, vieillissant ne l'a jamais oublié. Cet homme à sans doute pleuré pudiquement dans la pénombre de sa maison. Peut-être que, comme moi, il regarde parfois ces vieilles photographies, ces vieux dessins d'enfant, de son enfant... Peut-être que ces lignes écrites ici, dans ce blog, rappeleront à ce jeune-homme oublieux de son père, que quoi qu'il arrive, tant que son parent ne l'a pas maltraité au temps de son enfance, on n'a qu'un père, on n'a qu'une mère. Peut-être, je dis bien peut-être que ce jeune-homme, cette jeune-femme appelera celui dont il est issu et lui dira : Je t'aime.

Tag(s) : #Histoire

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